vendredi 24 février 2017

Des générations

Il faut que j'abandonne toute volonté d'être comprise par les autres, du moins par les autres de mon âge. J'ai l'impression d'être un alien, en décalage permanent. Je suis lassée des moqueries lorsque je partage ma passion pour la littérature, lassée d'essayer de défendre mes auteurs préférés face à des gens qui les critiquent sans jamais avoir fait l'effort de les lire. Je ne veux plus les laisser abîmer ce que j'aime, je ne veux plus les laisser rentrer un tant soi peu dans mon monde.
Je regarde autour de moi, et ne vois qu'uniformité, conformisme et bêtise. Tout est si lisse, si semblable, si fade. Je veux continuer à pouvoir me retrancher dans mon refuge intellectuel, fait de poésie et de romantisme. M'envoler au dessus de tout, par le pouvoir des mots, des images et de la pensée. Ils ne comprennent pas, ils ne comprendront pas. Si je tente de leur expliquer, je parais pédante et condescendante. Rien que le mot "pédant" serait pédant pour eux, puisqu'ils en ignorent le sens. Tout est si bas, si grossier et simpliste. Je ne me reconnais pas dans cette génération, je refuse que l'on m'assimile à celle-ci, et plus encore, je refuse de tenter de la défendre. Je meurs de vivre dans une époque où l'on est un être marginal et bizarre lorsqu'on affirme aimer Zola, Baudelaire, Flaubert et tant d'autres. Cela me tue de m'exposer aux railleries à chaque fois que j'ai l'audace de vouloir parler d'art, de culture, de considérations un peu plus élevées.
Pourtant, je suis bien au courant de l'existence de quelques créatures aussi étranges que moi-même, quelques pauvres fous. Mais le plus triste, c'est que nous passons les uns à côté des autres sans remarquer que nous sommes du même bord, de la même patrie. La société actuelle nous pousse en effet à étouffer nos différences, à nous fondre dans le moule, à nous conformer au nivellement par le bas.
Tout cela me fait peur. J'ai peur de vivre dans ce monde, de n'y jamais trouver ma place. L'impression de n'être pas née à la bonne époque, parfois. Pourtant, je ne veux pas abdiquer. Je relis le début de ce texte et mon sang ne fait qu'un tour. Je dois être fière de ma différence, il serait lâche de renier qui je suis par confort. Je ne cesserai jamais de rechercher ceux qui me comprendront, sauront m'écouter et ne riront pas de moi. Alors, je vais faire mon possible pour porter haut les couleurs de la littérature, de la poésie, de l'art, de la réflexion, de la sensibilité. Parce que certains sont morts pour ces valeurs.

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